Préface à l’Enchiridion de Théodore Philippe

Vu que plusieurs d’un bon cœur et d’une intention chrétienne désirent savoir ce que nous croyons, (bien que quelques-uns par amertume et d’autres par légèreté y contredisent, et toutefois ne savent quelle est notre foi mais parlent d’elle comme les aveugles de la couleur) nous voulons par la grâce de Dieu, selon la doctrine de Saint Pierre, donner un brève et simple témoignage de l’espérance de foi qui est en nous, de notre salut, et déclarer succinctement (autant que Dieu nous a donné de son Esprit) ce que nous pensons du baptême et de la Cène du Seigneur. Mais nous voulons par la miséricorde de Dieu et par la charité de Jésus-Christ que chacun qui se vante de la foi chrétienne et de l’évangile lise ceci notre confession sans partialité et lui mesurer et juger par l’Écriture Sainte, comme la vraie et unique mesure de vérité, en souvenant les paroles de l’apôtre qui a dit «Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité, et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront de la piège du diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté

Ô que ceux qui s’estiment être chrétiens, et surtout ceux qui sont regardés d’être prédicateurs de la Parole divine, étaient ainsi affectionnés, d’un tel zèle chrétien et d’un tel esprit apostolique, usant de patience envers leurs adversaires : il irait mieux entre ceux qui se disent être chrétiens qu’il ne fait au temps présent.

Mais maintenant hélas il se trouve en eux tout le contraire : car en leur bouche il n’y a que criailleries, blâmes et jugement avec condamnation envers nous. Et spécialement s’élève et s’émeut contre nous tout le monde, nous donnant ce titre d’Anabaptistes et hérétiques, avec plusieurs autres charges, desquelles nous sommes innocents. Ils supportent mieux les délits énormes et l’iniquité publique avec les œuvres mortes de la chair, qui ne sont pas notre foi.

Or bien, nous recommandons tout cela à Dieu et à son jugement et nous nous abandonnons totalement à sa miséricorde. Toutefois, qu’on nous blâme toute que l’on voudra, le Seigneur tout-puissant (qui éprouve les cœurs et les reins et qui est juge de nos pensées, devant lequel il faut rendre compte de notre foi et vie) sait bien que nous ne cherchions autre chose que son honneur et le salut de nos âmes, et cela par la grâce de Jésus-Christ qui est le Sauveur de toutes les fidèles. Néanmoins quelques-uns disent que nous voulons être sauvés par nos œuvres, qui est une chose tellement différent de note foi que le ciel de la terre. Car nous croyons et confessons que nous serons sauvés par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, et que nous avons la rémission de nos péchés seulement par son sang.

Or, quand même que nous serions de tels gens (combien que nous ne sommes pas par la grâce de Dieu) et que nous serions défaillants en quelque chose par l’ignorance et la faiblesse humaine, n’est-ce que chacun qui se dit chrétien doit avoir compassion de nous et prier le Seigneur pour nous ; considérant que l’apôtre Paul avait grande tristesse et tourment continuel en son cœur pour ses frères, et désirait lui-même être séparé de Christ pour eux, qui étaient ses parents selon la chair et qui avaient un zèle pour Dieu , mais sans connaissance, car ils ne croyaient en Jésus-Christ. Moïse aussi a prié fidèlement pour les Israélites, qu’il aurait aimé mieux être effacé par Dieu du livre de vie que de lui voir punir le peuple d’Israël si horriblement en sa fureur.

Mais loué soit Dieu qui nous a donné la foi qui est en Jésus-Christ, en qui nous mettons tout notre espérance, sans nous amuser de quelque image ou statue d’or ou d’argent, pour quelque adoration que ce soit; nous adorons seulement en esprit et en vérité le seul vrai Dieu vivant, Seigneur du Ciel et de la terre, et nous servons son Fils, Jésus-Christ, n’ayant confiance en aucune idole. Ce confiance, chacun qui se dit être chrétien, ne peut-il pas au moins démontrer une telle patience envers nous que Saint Paul a usé vers les Juifs incrédules et Moïse vers les idolâtres Israélites?

Qui plus est, Jésus-Christ nous est un vrai modèle et exemple de charité et patience, présenté à nous par Dieu et mis devant tous les fidèles; lequel nous a appris et enseigné par paroles et œuvres que nous devrions montrer toute charité et miséricorde à tous les hommes et que nous ne jugions personne injustement. Pourtant dit l’apôtre : «Un seul est législateur et juge, c’est celui qui peut sauver ou perdre.» Et : «Qui es-tu, toi qui juge un serviteur d’autrui?» De plus : «car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde. La miséricorde triomphe du jugement
Nous admonestons donc chaque chrétien, et supplions par la passion de notre Seigneur Jésus-Christ, de ne juger plus avant qu’il est commandé. «C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant,» ou de s’ingérer de son jugement.

Nous ne disons pas ceci pour notre avancement ou support, mais pour avertir chacun. Car nous sommes consolés par la grâce de Dieu à souffrir pour l’évangile tout ce que le Seigneur permettra, et espérons aussi en sa miséricorde, qu’il nous donnera force et vertu en temps de tribulation. Nous n’estimons rien de ce que le monde tient et dit de nous faussement, mais nous nous soumettons avec toute humilité au jugement de tous vrais chrétiens enseignés de Dieu, devant lesquels nous confessons notre foi, selon l’exemple de Saint Paul en sa défense devant le grand Gouverneur, lorsqu’il a dit : «Je t’avoue bien que je sers le Dieu de mes pères selon la voie qu’ils appellent une secte, croyant tout ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes.» Ainsi disons nous aussi, que selon cette voie, que plusieurs tiennent pour hérésie, nous servons le seul Dieu tout-puissant et vivant, et son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur bénit éternellement, croyant entièrement Moïse et les prophètes, Christ et ses apôtres, tenant toute la Sainte Écriture de la Bible pour bonne et vraie, comme démontre les articles de notre foi suivants, et les deux signes sacramentaires du Seigneur, pourvu toutefois qu’on les lise purement, sans aucune partialité, d’un cœur attentif et patient. Ce que le Dieu tout-puissant donne par sa grâce à tous qui le désirent.

Préface à : Enchiridion, ou manuel de la réligion chrétienne, adapté de la version française de 1626.

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