le Père Martin, conclusion

Les heures succédaient aux heures, les passants aux passants. Le petit poêle ronflait toujours, et Martin, dans son fauteuil, regardait encore dans la rue.

Le Maître ne paraissait pas.

Il avait bien vu passer un jeune prêtre aux cheveux blonds, aux yeux bleus, justement comme on représente le Christ dans les tableaux d’église. Mais en passant auprès de son échoppe, le prêtre avait murmuré : mea culpa. Évidemment, le Christ ne serait point accusé lui-même. Ce ne pouvait être Lui.

Les jeunes gens, les vieillards, les marins, les ouvriers, les ménagères, les grandes dames, tout ce monde passa devant lui. Bien des mendiants supplièrent le brave homme, son bon regard semblait leur promettre quelque chose. Ils ne furent point déçus.

Cependant, le Maître ne paraissait pas.

Ses yeux étaient fatigues, son cœur commençait à défaillir. Les jours passent vite en décembre. Déjà l’ombre s’allongeait sur la place, déjà l’allumeur de réverbères paraissait au loin ; déjà les fenêtres d’en face commençaient à briller joyeusement, et la fumet de la dinde rôtie, le mets traditionnel des Marseillais s’élevait de toutes les cuisines.

Et le Maître ne paraissait pas.

Enfin la nuit vint, accompagnée de brouillard. Il était désormais inutile de se tenir près de la fenêtre ; les passants, devenus rares, s’éloignaient dans la brume sans qu’on pût les dévisager. Le vieillard s’approcha tristement de son poèle et se mit à preparer son modeste souper.

— C’était un rêve, murmura-t-il. Pourtant je l’avais bien espéré.

Son repas achevé, il ouvrit son livre et voulut se mettre à lire. Mais sa tristesse l’empêcha.

«Il n’est pas venu !» répétait-il sans cesse.

Tout à coup la chambre s’éclaira d’une lumière surnaturelle, et, sans que la porte se fut ouverte, l’étroite échoppe se trouva pleine de monde. Le balayeur de rues était là, la jeune femme avec son enfant était là, et chacun disait au vieillard :

«Ne m’as-tu pas vu ?»

Derrière eux venaient les mendiants à qui il avait fait l’aumône, les voisins à qui il avait dit une bonne parole, les enfants à qui il avait adressé un bon sourire, et chacun lui disait à son tour :

«Ne m’as-tu pas vu ?»

— Mais qui êtes-vous donc ? cria le cordonnier à tous ces phantômes.

Alors le petit enfant aux bras de la jeune femme se pencha sur la livre du vieillard et de son doit rose lui montra ce passage à l’endroit même ou il l’avait ouvert :

«J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez recueilli… Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces petits, vous me les avez faites à moi-même

Advertisements

À propos de Bob Goodnough

Living today in the light of history and eternity.
Cette entrée, publiée dans les contes, est marquée , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s