le Père Martin et le balayeur des rues

Longtemps avant le jour la petite lampe du cordonnier était allumée. Il remit du charbon dans son poèle, qui n’était pas encore éteint, et se mit en devoir de préparer son café. Puis il se hâta de ranger sa chambre, et vint se placer enfin près de la fenêtre, pour guetter les premières lueurs du jour et les premiers passants.

Peu à peu le ciel s’éclaira, et Martin ne tarda pas à voir paraître sur la place le balayeur des rues, le plus matinal de tous les travailleurs. Il ne lui accorda qu’un regard distrait ; il avait, en vérité, autre chose à faire qu’à regarder un balayeur des rues !

Cependant il paraissait faire froid au-dehors, car la vitre se couvrait constamment de buée, et le cantonnier, après avoir donné quelques vigoureux coups de balai, ne tarda pas à éprouver le besoin de se chauffer par un exercice plus énergique, en battant les bras de toutes ses forces et en frappant le sol tantôt d’un pied, tantôt de l’autre.

«Le brave homme, se dit Martin, il a froid, tout de même. C’est fête aujourd’hui… mais non pas pour lui. Si je lui offrais une tasse de café ?»  Et il frappe contre la vitre.

Le balayeur tourna la tête, vit le Père Martin derrière sa fenêtre et s’approcha.

Le cordonnier ouvrit sa porte — «Entrez, dit-il, venez vous réchauffer.»

— C’est pas de refus, merci. Quel temps de chien ! On se croyait en Russie.

— Voulez-vous accepter une tasse de café ? dit le Père Martin.

— Ah ! par exemple, voilà un brave homme ! Avec plaisir, pardi. Vaut mieux tard que jamais pour faire son petit réveillon.

Le cordonnier servit son hôte à la hâte, puis s’empressa de retourner vers la fenêtre et de sonder la rue et la place de tous côtés, pour voir s’il n’était passé personne.

— Qu’est-ce que vous avez à regarder dehors ? lui dit enfin le balayeur.

— J’attends mon Maître, répondit Martin.

— Votre Maître ? vous travaillez donc en magasin ? La belle heure pour voir ses ouvriers ! D’abord c’est fête pour vous aujourd’hui !

— C’est d’un autre Maître que je parle, reprit le vieux cordonnier.

— Ah !

— Un Maître qui peut venir à toute heure et qui m’a promis de venir aujourd’hui. Vous ne savez pas son nom ? C’est Jésus.

— J’ai entendu parler de lui, mais je ne le connais pas. Où demeure-t-il ?

Le Père Martin se mit alors, en quelques mots, à raconter au balayeur de rues l’histoire qu’il aviat lue la veille, en y ajoutant quelques détails. Il se tournait vers la fenêtre tout en parlant.

—Et c’est lui que vous attendez ? dit enfin le cantonnier quand il sut de qui il s’agissait. M’est avis que vous ne le verrez pas comme vous le croyez. Mais c’est égal, vous me l’avez fait voir, à moi. Vous me prêterez votre liver, Monsieur …

— Martin, dit le cordonnier.

— Monsieur Martin, je vous garantis que vous n’aurez pas perdu votre temps ce matin, quoiqu’il fasse à peine jour. Merci et au revoir !

Et le cantonnier s’éloigna, laissant le Père Martin seul de nouveau, le front collé contre la vitre.

— à suivre —

 

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À propos de Bob Goodnough

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